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Désolés, vraiment...
Si, si..

Par contre, si vous ne savez pas quoi lire, il y a au jour le jour
nos coups de coeurs, en vrac dans toutes les littératures et essais:
française, étrangères, fantasy, romans policiers, thrillers
science fiction, bandes dessinée, manga, comics, récits de voyage.
Parfois, ce ne sont pas les libraires qui chroniquent, mais des clients, des amis
ou des bloggeurs renontrés sur le Net.

Passez un bon moment et portez vous bien.. 

Isabelle et Emmanuel.





...

La chanson de Charles Quint Erik Orsenna

Ils étaient deux frères...

Le cadet n’avait eu qu’un amour. Un seul amour depuis la jeunesse. Un amour un moment parti. Et puis revenu. Et puis épousé, trente ans plus tard, pour entrer ensemble dans la vieillesse. Peut-être aussi pour regarder avec moins de vertige le temps qui s’en allait ?

L’aîné, dans ses jours les plus optimistes, se persuadait que lui aussi avait aimé. Était-ce sa faute si cet amour, la force d’amour qu’il portait en lui, s’était morcelé en de multiples, trop multiples visages, en de divers, trop divers et trop semblables corps ? Les autres jours, tous les autres jours et toutes les nuits, sans exception, il savait qu’il n’avait pas aimé.
Ainsi vivaient les deux frères, dans la même ville mais chacun d’un côté du fleuve : le frère à l’amour morcelé (l’aîné) et son cadet (le frère à l’amour unique). » Erik Orsenna

Dans «la Chanson de Charles Quint», le spécialiste du Gulf Stream et du coton pleure la mort d'une femme aimée

Ces temps derniers, l'on ne reconnaissait plus guère Erik Orsenna. D'abord, il s'est rasé la moustache. Ça ne lui va pas, on dirait un Groucho Marx glabre, un humoriste triste. Et puis celui qu'on avait connu un tiers-mondiste et deux tiers anticapitaliste a cru bon de commettre, cet hiver, un album publicitaire sur l'A380 et le manœuvrier PDG d'Airbus, M. Noël Forgeard. Etait-ce opportun? Enfin, l'académicien publie trop souvent de paresseuses fables grammaticales, des «Chevaliers du subjonctif» à «la Révolte des accents», dont raffole le public de «Questions pour un champion», mais qui ne donnent pas la mesure de son talent d'écrivain, reconnaissable à cette vertu: dénoncer la misère du monde avec un rire de crécelle, être moraliste sans faire de morale, traverser l'histoire de France en tirant des bords, et traiter les choses graves avec légèreté.

Avec «la Chanson de Charles Quint», texte très intime métamorphosé en conte de fées, voici Orsenna tel qu'en lui-même la légende le fixe et la littérature lui cède: juvénile, malgré ses 60 ans passés, optimiste, malgré ses désillusions, et gai, malgré son irrépressible mélancolie. C'est vraiment notre nouveau Giraudoux. D'un tombeau, il fait une goélette. Et d'un regret, une promesse.

Séducteur impénitent, Orsenna a cru aimer, dans sa vie de marin, beaucoup de femmes. Et puis, un jour, il a rencontré celle qu'il a baptisée «le Soleil». Il avait enfin trouvé son astre. Il s'y est réchauffé sans se brûler. Pendant quatre ans, leur amour fut au zénith. A peine le temps d'en éprouver la nostalgie. Car le médecin a trouvé, dans la gorge du soleil, une tache suspecte. La belle aux yeux bleus et aux jambes de danseuse n'est passée dans la vie de l'écrivain que pour entrer à l'hôpital. Elle en est sortie pour aller mourir près de l'océan. Elle repose dans un petit cimetière breton où l'auteur de «Loyola's Blues» va lui raconter combien, sans elle, la vie est ombreuse. Il lui faudra du temps pour réapprendre à aimer de nouveau, à faire la paix avec son passé et à penser que «les souvenirs sont des fantômes qui ont rendu les armes».

«La Chanson de Charles Quint» est aussi un livre sur la famille et la fraternité. Car Erik Orsenna a un frère cadet, psychiatre de son état, qui est son exact contraire: il n'a aimé qu'une seule femme. Depuis longtemps, l'aîné observe cette passion fixe aussi curieusement qu'un vertugadin de Le Nôtre, du coton d'Ouzbékistan ou une plantation d'hévéas. Il essaie de comprendre à quoi obéissent, dans une vie, le besoin d'un amour unique ou le désir d'un amour morcelé. Et d'où vient que deux hommes si proches, si loin, s'envient, s'étonnent et finalement se retrouvent, inséparables.

A l'époque où il était son conseiller à l'Elysée, Orsenna avait vu Mitterrand malade se détourner lentement du pouvoir et, sacrifiant une ambition à une prétention, se préoccuper seulement de savoir où vont les morts après la mort. Aussi puissant et attiré par l'Egypte soit-il, même un monarque l'ignore. Une seule certitude: la femme solaire qu'a aimée le prince Erik ne dort pas sous une pierre tombale, elle séjourne, tant qu'il y aura des lecteurs pour succomber à son charme et mesurer son cran, dans «la Chanson de Charles Quint».
J. G. (Par Jérôme Garcin,Source: «le Nouvel Observateur» du 21 février 2008.)

Dis , papa, c’est quoi la littérature ?
Pour te répondre , ma Grande, à cette question que tu ne m’as jamais posée..
La littérature, c’est ce que t’en disent tes professeurs, mieux que moi.
C’est un espace ouvert, commun à ceux qui pratiquent une même langue.
Cela a un début et une fin.
Ou bien : c’est ce qui ne peut être fait ou transcrit pleinement au cinéma, en image, en BD, en peinture ou en musique.

Plus simplement : ce livre, ma grande, « la Chanson de Charles Quint » d’Erik Orsenna, c’est de la littérature, de la littérature française, très française, et c’est un très, très joli livre.
Ça part du particulier, Orsenna et son chagrin, quelque part entre la rue Jacob et la Bretagne, ça se promène entre Le Port Royal janséniste de ses quinze ans, où il appris le sens du futur antérieur auprés d’une vieille érudite allemande, et la place des Vosges où il attente à la pudeur, ça va vers l’universel et un sentiment de fraternité
pudique et courtois dans un vieux restaurant russe.

Lis-le, en écoutant la chanson de Charles Quint par Jordi Savall, « Mille Regretz »

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Bah oui que je vais le lire, et comme t'as dit en plus ! (sourire) "Y a plus qu'à" repasser à la librairie... Bisous dad

C. a dit…

bisoux ma grande

i love it